Programme national de réforme : la Belgique sans moyens et sans ambitions

Chacun des 27 pays de l'Union doit déposer un "programme national de réforme" exposant ses grandes orientations politiques pour les trois années à venir. Le projet belge manque cruellement de souffle.

En 2000, l'Union européenne a défini la stratégie de Lisbonne, dont l'ambitieux objectif était d'atteindre, en 2010, "une économie de la connaissance la plus compétitive et dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale". Raté, évidemment. Mais cela ne signifie pas que rien n'a été fait.

La stratégie de Lisbonne a permis des avancées importantes liées à la société de l'information, à la recherche et au développement, etc. Elle a mis sur les rails des politiques macroéconomiques plus intégrées et lancé une modernisation du modèle social européen. Elle a débouché très concrètement, en 2005, sur l'obligation pour les États membres de remettre un "programme national de réforme" pluriannuel, qui synthétise les priorités politiques.

Ces plans doivent à présent s'inscrire dans la stratégie "Europe 2020", qui a pris le relais de l'accord de Lisbonne, avec le même objectif.Les vingt-sept vont devoir remettre, en principe en avril, leurs plans 2011-2014. Les grandes lignes du programme belge ont été présentées au Conseil central de l'économie et au Conseil national du travail, où siège l'UCM. Pour cause ou sous prétexte d'affaires courantes, le gouvernement s'apprête à remettre un document extrêmement léger…

Cinq défis à relever

Pourtant, sur cinq grands points, la Belgique a besoin en urgence de réformes en profondeur.Premier problème : le taux d'activité des seniors entre 55 et 65 ans. Stagnant à 35 %, il est de 10 points inférieur à la moyenne de l'Union et de 18 % inférieur à celui des Pays-Bas. C'est intenable vu le vieillissement de la population. Deux : les économies budgétaires. L'État belge doit réduire train de vie. Les coûts de fonctionnement du secteur public représentent 7,1 % du PIB contre 5,5 % chez les voisins.

En réduisant de 70.000 le nombre des fonctionnaires, pour s'aligner sur la moyenne par habitant des voisins, l'État épargnerait structurellement 5 milliards d'euros. Les dépenses en prestations sociales doivent être revues sans attendre. À politique inchangée, il y aurait un accroissement des dépenses de 17,6 milliards d'euros en cinq ans (5,7 milliards en pensions, 7,3 milliards en soins de santé, 4,7 milliards en revalorisation de diverses allocations sociales). Il faut au minimum revoir l'incroyable norme de croissance des dépenses de santé (4,5 % par an au-delà de l'inflation), très contestée au nord du pays.

Trois : la réduction des charges sur le travail. En Belgique, le "coin salarial", soit la différence entre le coût salarial pour l'employeur et le salaire poche pour le travailleur, s'élève à 49,2 %. Il s'agit du pourcentage le plus élevé de tous les pays examinés par la Commission européenne. Ce taux est de 40,6 % aux Pays-Bas, 30,6 % au Grand-Duché de Luxembourg. C'est suicidaire dans le contexte concurrentiel du marché unique.

Quatrième défi : booster l'innovation. La Belgique n'atteint pas l'objectif européen d'investir 3 % de son PIB dans la recherche et le développement. Elle plafonne à 1,8 %. Le résultat est cruel : on compte en Belgique 138 demandes de brevets par million d'habitants contre 291 en Allemagne et 206 aux Pays-Bas.

Enfin, en cinquième lieu, il faut réviser le système d'indexation. Suite à la flambée des produits pétroliers, l'inflation belge en 2008 (4,5 %) a été supérieure à celle constatée dans la zone euro (3,3 %) et le phénomène se reproduit en ce moment même (3,4 % contre 1,9 %). Cette surinflation est en partie due au mécanisme d'indexation automatique des salaires. L'OCDE, le président de la Banque centrale européenne et la plupart des experts conseillent à la Belgique de moduler ce système, pour éviter une dégradation de la compétitivité et des pertes d'emplois. Les partenaires sociaux avaient prévu une étude sur le sujet dans le récent projet d'accord interprofessionnel. Hélas, le gouvernement, bien qu'en affaires courantes, a écarté l'idée.

Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions (UCM), le 18/03/2011