Les inégalités salariales : d'abord un problème de société.

Les inégalités salariales en trois questions à Jean-François Krenc, conseiller UCM matières sociales et emploi.

- Quelles sont les causes de l'écart salarial entre hommes et femmes ?

- Il y a tout d'abord une réalité sociologique dont il faut tenir compte. La femme assume généralement davantage les responsabilités familiales. Elle privilégie, par conséquent, dans sa négociation salariale, une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle, au détriment d'une augmentation barémique. Par contre, l'homme examinera en priorité le salaire net et les avantages connexes. Cependant, examiner l'égalité de traitement entre les sexes sous le seul prisme de la fiche de paie est un peu réducteur. Si, a priori, un collègue masculin promérite 200 euros brut en plus par mois, cela n'implique pas pour autant que la femme soit lésée. Elle a peut-être pu négocier du télétravail ou des horaires flexibles. À ses yeux, cette qualité de vie équivaut largement à l'augmentation.

- Comment enrayer l'écart salarial entre les sexes ?

- Il faudrait passer par une mutation sociologique où l'homme s'implique autant que la femme dans l'organisation familiale. Si les hommes s'investissent davantage dans leur vie familiale, ils cesseront d'être plus disponibles que les femmes dans leur vie professionnelle et, dans la foulée, les différences de traitement s'amoindriront. Cette tendance est déjà en marche. De plus en plus de pères recourent au congé de paternité, congé parental, crédit-temps pour s'occuper, à égale mesure, de l'éducation des enfants. Par ailleurs, la ministre de l'Emploi, Joëlle Milquet (CDH), envisage d'intégrer dans le bilan social des entreprises des données plus précises relatives aux rémunérations, visant à objectiver les écarts salariaux et les réduire à néant d'ici 2015. Enfin, le passage récent des barèmes à la compétence ou les diverses lois et conventions collectives visant à lutter contre les discriminations sont autant d'outils susceptibles de réduire ces écarts.

- Comment les employeurs accueillent-ils les initiatives européennes de sensibilisation en la matière ?

- Reconnaissons que l'Europe a toujours joué un rôle moteur sur le sujet. Les recommandations et directives européennes sont transposées en droit belge. L'UCM plaide pour une autonomie totale de la concertation sociale sur ces sujets. Si l'on ne peut que souscrire à l'objectif d'équité en matière de rémunérations, il ne faut pas voir le mal partout : des inégalités de salaires peuvent être délibérées au profit d'une augmentation qualitative des conditions de travail. La sagesse des partenaires sociaux conduira à l'érosion des injustices avérées. La Belgique figure d'ailleurs parmi les bons élèves en matière d'égalité entre hommes et femmes dans les relations de travail.Mobiliser énergiquement tous les instrumentsQuestions à Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, Commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté.

- En quoi l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes représente-t-elle un coût supplémentaire pour l'Europe ?

- Réduire l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes a des effets positifs pour l'économie. En cette période de crise, nous ne pouvons pas nous permettre de sous-utiliser les compétences des femmes qui représentent une proportion importante et croissante dans la force de travail totale. Cette sous-utilisation est une ressource perdue pour l'économie mais aussi pour la société dans son ensemble. Avec une population vieillissante et des taux de natalité en baisse, c'est un problème encore plus prégnant : nous risquons d'être confrontés à un manque de main-d'œuvre qualifiée pour faire face aux défis liés à la globalisation et à la concurrence des nouvelles économies émergentes. Une meilleure utilisation des compétences des femmes permet à l'Europe de renforcer sa position face à une concurrence mondiale.

- Quelle est la position des partenaires sociaux européens et particulièrement celle des employeurs ?

- Les partenaires sociaux européens ont considéré que l'écart de rémunération était un sujet prioritaire depuis longtemps. Réduire l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes est un des quatre domaines d'actions prioritaires du Cadre d'actions sur l'égalité hommes-femmes adopté en mars 2005. Dans le dernier rapport d'évaluation du Cadre d'actions adopté en 2009, les partenaires sociaux ont réaffirmé que la réduction de l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes restait un de leurs objectifs prioritaires et ils ont présenté les actions menées dans les États membres mais également à l'échelon européen sur ce sujet. Nous comptons sur leur collaboration et leur soutien dans les actions visant à combattre l'écart de rémunération. - Le risque n'est-il pas un nivellement par le bas du salaire des hommes ? Réduire l'écart de rémunération implique d'agir sur l'ensemble des facteurs qui le provoquent. Il ne s'agit pas, dans une administration ou une entreprise donnée, de se mettre à augmenter les salaires des femmes au détriment des salaires des hommes. Il s'agit de mettre en œuvre de manière complète la législation sur l'égalité de salaire, mais aussi de mieux exploiter et valoriser les compétences des femmes, de favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale et d'aider les femmes à atteindre les échelons les plus élevés dans la vie économique. Au final, l'objectif est bien entendu de réduire les différences de salaire moyen entre hommes et femmes et surtout de garantir l'égalité des chances en termes de carrière.