L'actionnariat salarié ne décole pas. Les raisons d'un échec.

Le service d'études de l'UCM s'est penché, avec l'Observatoire social européen, sur les raisons de l'échec de l'actionnariat salarié auprès des PME.

L'actionnariat salarié se définit comme la participation indirecte des salariés aux résultats de l'entreprise par la perception d'un dividende et/ou la réalisation d'une plus-value. La mesure a des avantages : le salarié s'identifie à son entreprise, est intéressé à son succès et accroît sa productivité. La paix sociale est mieux garantie, le travailleur pouvant comprendre les préoccupations de l'employeur. C'est aussi un moyen, marginal et alternatif, de financement de l'entreprise.La mesure a aussi des inconvénients : elle peut générer une recherche de bénéfices à court terme, susceptibles de mettre en péril la viabilité à moyen et long terme de l'entreprise. Elle peut générer des tensions et discriminations entre salariés, selon qu'ils soient actionnaires ou non. Le salarié ne bénéficie pas des mêmes garanties de revenus qu'avec une rémunération ordinaire.

L'Espagne, avec la création des "sociedades labores", est précurseur du système en Europe. Ce modèle a en effet permis de créer près de 20.000 PME fournissant, ensemble, 110.000 emplois. Très souvent, la formule a permis de sauver des entreprises en difficulté ou à remettre tout ou partie des activités étant reprises par les salariés.En Belgique, malgré les sept dispositifs existants (plan d'achat d'actions, attribution d'actions, participation des travailleurs au capital, souscription d'actions avec décote, acquisition spontanée d'actions ou Monory-bis, stock options), la mesure rencontre très peu de succès. Pourtant, certains soutiennent que l'extrapolation du modèle espagnol permettrait d'envisager 5.000 sauvetages et créations d'entreprises et la création de quelque 26.000 emplois dans les dix ans.

Pourquoi, dès lors, l'actionnariat salarié ne décolle-t-il pas ? Quatre explications peuvent être avancées. D'abord, les dispositifs actuels, multiples et complexes, n'intéressent que marginalement les grandes entreprises, adeptes de l'ingénierie salariale. Ensuite, l'actionnariat salarié se développe par la reprise par les travailleurs d'une entreprise en difficulté ou en phase de transmission. Or, la Belgique accuse un très faible taux d'esprit d'entreprise (3,9 %). Les salariés seraient donc peu enclins à relever ce défi. En troisième lieu, dans un pays où les statuts et rôles sont rigides, il est malaisé d'introduire le concept d'actionnariat salarié, à mi-chemin entre salarié et actionnaire. Enfin, le tissu économique belge n'est pas propice aux mécanismes d'intéressement complexes, sachant que 87 % des entreprises occupent moins de 10 personnes et sont souvent familiales.

Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions (UCM), le 24/7/2009.