Allongement du congé de maternité : l'Europe intervient à la hussarde.

Le Parlement européen propose de porter de 14 à 20 semaines la durée du congé de maternité. La législation européenne actuelle prévoit un minimum de 14 semaines consécutives, dont deux prises obligatoirement avant ou après l'accouchement.

La proposition du Parlement dépasse, de loin, les seuils actuels de nombreux pays européens. La Belgique, en octroyant 15 semaines, se situe dans la moyenne de ses pays voisins. À en croire le Parlement, la mesure devrait avoir une incidence positive sur l'état de santé des mères, leur permettre de se remettre plus facilement de l'accouchement et d'établir une relation solide avec l'enfant. Tout cela semble sympathique. L'UCM se doit toutefois d'émettre un certain nombre de remarques et de réserves. Allonger le congé de maternité sans autre forme de procès, c'est oublier les nombreuses modifications de ces dernières années sur la réglementation de la protection de la maternité, qui améliorent la qualité de vie pour les femmes enceintes ou qui ont accouché. C'est éluder les autres dispositifs qui, en Belgique, permettent une conciliation harmonieuse entre la vie privée et la vie professionnelle, tels le crédit-temps, le congé parental et la prolifération de congés de toutes sortes. C'est faire peu de cas des 83 % d'entreprises qui, en Belgique, occupent moins de 10 salariés et devront s'adapter à la désorganisation qu'une telle mesure génère. C'est négliger le fait que protéger sans cesse davantage les femmes en cas de grossesse amplifie les risques de discrimination à l'embauche et tend à accroître l'écart salarial.Enfin, agir pour les seules salariées, c'est bafouer le principe selon lequel une travailleuse équivaut à une travailleuse, qu'importe son statut de salariée ou d'indépendante. Il n'est pas juste de réserver tant d'égards à une seule catégorie de la population. Si ces protections sont réputées nécessaires, l'indépendante enceinte mérite, sous une forme alternative, volontariste et conforme aux spécificités de son statut, une équitable considération. L'UCM veillera à ce que la compétitivité et les spécificités des PME soient prises en compte. Elle participera, au sein du Conseil national du travail, aux réflexions visant à reconsidérer la légitimité et la proportionnalité de l'ensemble des congés prévus par notre législation. Si la Belgique doit harmoniser sa législation, cela doit se faire dans les deux sens. Il faut accepter ce que l'Europe impose mais aussi, éventuellement, soustraire ce que l'Europe ne souhaite pas.

Jean-François Krenc
Article publié dans Union&Actions, le 24/4/2009.